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Textes choisis

Tout avait été trop joli

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out avait été trop joli, trop joli pour sa soif de destruction. Du soleil, un hôtel rococco, une baignoire trop petite pour deux et une nuit sans dormir.

Le soleil avait disparu, il faisait trop froid dans la salle de bain pour prendre une douche, et le lit assez grand pour que l’on puisse y dormir sans se toucher.

-« Tu sais, quelquefois j’ai des pulsions sexuelles, et j’ai envie de me taper une pute, maintenant .»

Bien sûr je suis restée coîte et stupide, puis une vague de douleur m’a emportée, envie de retourner dans le ventre de ma mère, de manger des pâtes de fruits de ma grand-mère. J’invoquais le visage de ma fille bébé, notre amour absolu.

Tout laver à grande eau.

Blanche Dubois

 

La grâce le luxe la fin du siècle

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out le monde sait ça

que t’assures bien dans le porno pas très chic

ça fait même grincer des dents

ça fait même loucher des gens

ça fait même kiffer des mamans

tout le monde semble tout savoir sur toi

mais pas que tu te relèves la nuit

traînée par des fantômes en colère

qui se disputent ta tête pour y faire la guerre

mais pas que tu te relèves la nuit pour finir le fond des bouteilles

jusqu’à ce que le fond des bouteilles te finisse te bénisse

et puis l’euphorie après une fellation c’est pas ton truc

c’est ce que t’essaies d’expliquer à ce conseiller municipal

qui vient encore de te demander en mariage

les enfants à dresser non plus mais ça c’est un secret que tu hurles

en sautant d’un cabriolet comme un parachutiste en robe du soir

les cabriolets c’est plus classe que les cendriers ou que ton plexus

pour y éteindre les cigarettes  Continuer la lecture

Masqués par des voilages

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nnie s’impatiente. L’horloge tarde à indiquer midi. Elle s’est fait secouer la veille – un prof à la con qui a dit en conseil de classe qu’elle était insolente – ce n’était pas la première fois. C’est elle qui assume pour les autres, trop timides. Elle qui trinque pour son caractère – insolent – qu’ils disent. Pourtant, elle ne fait que dire la vérité.
C’est elle qui a failli passer en conseil de discipline. Le « failli » est vexant. Les profs ont compati à la honte de son père et n’ont pas sévi. Harcèlement ? Tu parles ! Elle draguait les terminales – elle était alors en cinquième – pour le compte de sa copine, et pour le sien, chassant le mâle sans laisser de répit aux élus de leur cœur. Elle était à chaque sortie de cours, elle connaissait tout de leur emploi du temps, allant jusqu’à les pister en dehors du lycée. Ils s’étaient plaints au prof d’anglais, qui l’avait convoquée. 
Elle n’avait rien dit, la tête ailleurs, et avait redoublé d’assiduité dans l’espionnage et l’élaboration de sa tactique d’approche. Elle leur donnait d’autorité des mots d’amour torrides, des déclarations enflammées nourries de ses lectures, mais elle était trop jeune, trop moche encore. 
Elle sourit en pensant à ce début d’année de seconde au lycée Descartes. Plus mûre, moulée dans son pantalon noir, elle s’est sorti Patrick. Dommage pour lui, il n’a pas osé lui sauter dessus quand elle l’a amené chez sa grand-mère. Ils se sont tripotés, comme le font Linette et Jean-Bernard, et il a laissé passer son tour. Elle a son mec, maintenant, et elle sèche tant les cours qu’elle ne voit pas le regard triste qu’il lui jette quand, par chance, il la croise.
Elle s’est encore débinée aujourd’hui, libre comme l’air après avoir fourni un mot d’excuse signé de sa main. Elle excelle à imiter la signature de sa vieille. D’ici à ce qu’elle le découvre — il faudrait d’abord qu’elle s’intéresse plus à sa fille qu’à elle — elle ne court aucun risque.
L’air vif embaume l’herbe fraîchement coupée. Il fait beau. Stones l’attendait à midi devant le bahut. Pas un instant il n’avait douté de sa capacité à se tirer. Appuyé aux grilles, clope au bec, il toisait les gonzesses sous la mèche blond-chiasseux qui lui masquait la moitié du visage. Il portait son blouson en pur faux cuir clouté et d’incroyables chaussures total-défonce. Continuer la lecture

Stéphanie

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’excroissance juste au-dessus de mon nombril. Elle obstrue le trou, ça forme une caverne bizarre, une congestion. Ca fait flipper. Ca fait malade. Personne ne m’écoute et je n’ai pas peur. Stéphanie. J’ai l’impression parfois qu’elle m’empêche de respirer. Parfois, qu’elle assombrit la couleur de ma merde. Parfois qu’elle envoie des signaux infectieux à travers tout mon corps. Mon corps est immense, long et adipeux. La guerre s’annonce âpre. Nous n’avons pas peur de mourir, Stéphanie et moi. C’est une guerre d’amour. Nous nous aimons. Nous vivons ensemble le meilleur moment de cette vie, la fin. J’appuie dessus, elle s’aplatit une demi-seconde, Stéphanie, elle glisse en faisant un léger bruit de tissu dans le gras de mon ventre, revient vite à sa place. Son nid. Sa cavité. Et on rit, on rit tous les deux, on se mange et on rit. Je l’appelle ma troisième burne, on rit, j’appuie dessus, je ne mange presque plus, on rit, je passe mon temps au lit à la mesurer, elle dit qu’elle me regarde, elle dit que mon iris n’a jamais été aussi clair, ma peau si douce, mon âme si vive. Elle ajoute en murmurant je t’aime et je vais te faire mal.

 Nicolas Albert G

 

Perversions

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es pieds les chaussures les aisselles la transpiration les douches l’anus les mains la bouche entre les seins dehors cachés dehors en vue l’ eau le feu la mère le père les drogues les cordes se filmer le cuir les jeunes les vieux les copains du copain les copines de la copine les images des fantasmes la violence verbale les coups le porno la bite grande le black les mensonges les insultes les bisous tendres les louages le danger devant la télé les désespérés les grosses les poils la soumission les blondes les ongles les bleus les couteaux les cicatrices les tatoos les piercings les toys les humain-toys les fanzines de contacte au téléphone les homos le joint le fouet les accessoires la mode la douleur la tristesse les enfants les récits le sang la pisse le caca les collègues les stars les habitudes les fixations les répétitions les histoires impossibles les histoires qui finissent raconter aux potes humilier la prière l ermitage les erreurs être en faute se faire remarquer se faire regarder les animaux les collants la lingerie harceler les inconnus le cynisme la bouffe les libertins l’ écriture érotique le magazine le sauna le train la voiture le parking de la boite de nuit le parkings le rouge à lèvres la minijupe les tallons le jean les tallons aiguille tromper tremper
les profs les pros les naïves les vierges les yeux bandés la chaise le sol les champs le soleil les clopes les brûlures les cheveux le confessionnel le prêtre beau les aristocrates les jumeaux les souvenirs d’ enfance les jeux les déjà-vu les héros l’ exemple le voyeur le travesti le narcisse l’ angoisse du lien l’ angoisse de la séparation l’ objet la pression la vulgarité la plage les toilettes le regard avouer la vérité parler de sexe l obscène le tabou le conjoint fouiller la jalousie la colère le pêché la peur le coincé le libéré les morts l’ inconscience 
(continue).

Anotella Aynil Porcelluzi

 

Le sixième doigt du panda

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aut dire que je ne suis pas très héroïque comme héros

faut dire que mon karma merdique me fatigue

faut dire que j’ai encore raté mon taxi pour l’ataraxie

faut dire que ce village ne veut pas me laisser partir

et que le ciel me donne le mal de mer un ciel tout vert

et qu’il y a un cycliste qui pédale dans la rue un cycliste tout nu

moi aussi j’ai perdu la plupart de mes paris

et si j’en avais gagné certains

la vie aurait été peut-être un peu plus pratique

pratique comme le sixième doigt du panda

pratique comme le bouchon de certains tubes de dentifrice

qui tiennent debout tout seul sur le rebord des lavabos

en attendant les anges ricanent posés sur les toits comme des vautours

faut dire que ma peau pue et que mon poil pègue autour

faut dire que j’ai la joue brûlée par une cigarette

faut dire qu’il y a marqué « connard » en gros sur mon bras

faut dire qu’il y a de la matière fécale sous mes ongles

et qu’il a dû se passer quelque chose d’assez fort avec la jeune femme d’âge mûr

mais quoi ?

Heptanes Fraxion

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