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Textes choisis

Marietta Fortune

marietta-fortune-s-bernard

 

 

Big_letter_T

 

andis qu’il fait une fois de plus l’amour à cette fille
qui le prend pour son homme,
il arrête brusquement d’aller et venir en elle.
un ange passe.
il le tue d’un coup de poing sur le lit.
un autre passe.
il se lève, marche calmement à travers les ténèbres
en direction de la salle de bain, allume,
se regarde dans le miroir, dit :
« mais qu’est-ce que je fous ? »
et se griffe le visage.
puis ses yeux tombent sur un tube de rouge
sur la tablette du lavabo. il l’ouvre,
et comme Marietta Fortune
se peinturlure entièrement le visage avec.
il s’assoit sur le rebord des wc un long moment.
avec son masque de face écorchée par l’arrachement du masque.
avec cette odeur de gras du rouge qui l’écœure.
quand il sort et allume le plafonnier de la grande pièce
pour respirer,
la fille se met à rire en voyant
son visage écarlate au bout de son long corps nu.
et lui aussi se met à rire.

Stéphane Bernard

Ils ont eu raison

aziza

 

 

Big_letter_J

 

e sais qu’au seuil de l’asphyxie

là où les tentacules blancs du dégoût
 nous étouffent

en silence

j’ai toujours trouvé

un poème

une mélodie

comme une lettre d’amour sur un champ de bataille

un regard défiant la mort

un piano planté dans la fournaise

et

si la vie doit être considérée par-dessus tout

alors

ils ont eu raison

si ce n’est pas le cas

alors

les poètes et les musiciens

sont de sacrément gros fils de pute.

 

Brice Haziza

Une histoire d’amour

kdo3-copie

 

 

Big_letter_L

 

a copine d’ une copine, Patrizia, de ses fenêtres on voit la mer. Elle aime les poupées et les objets, chez elle c’ est plein d’ objets partout comme chez les paysans ou les ouvriers. Elle a été infirmière pour un vétérinaire, Angelo. Elle est ronde, petite, pleine de courbes, toujours au régime. Elle n’ est pas jeune, ni belle, et elle aime les hommes, sans sexe elle devient malade, sans amour aussi, elle lie les deux de manière conséquente. Quand’ elle est célibataire il y en a plusieurs qui lui tournent au tour, et elle baise peut être avec eux tous, mais elle garde en elle le souvenir d’ Angelo, son meilleur amant, le plus tendre, le plus proche.

Je lui ai lu le I King un soir qu’ elle était désespérée à cause d’ un message d’ Angelo. On a eu le 27, 9 au début, la tortue magique, elle était trop contente, on a mangé du melon et des pralines. Mais Angelo était marié, et elle me dit qu’ il est trop faible de caractère pour se séparer. Elle rencontra un autre, un costaud. Ils baisaient beaucoup, le temps passait, il était gentil. Une fois à cause d’ Angelo elle le jeta dehors. Il revint quelque jour après, il sonna à sa porte, la bite dure dans sa main, et lui posa la question : « Je fais quoi avec ça, sans toi? ». Toujours dans le cadre de la porte d’ entrée ouverte, le temps qu’ elle se décide. Ils se remirent ensemble, et il me semble qu’ ils le sont encore.

Antonella Porcelluzzi
Gravure de © Marc Brunier-Mestas

Blitzbook

blitzbook (1)

 

 

Big_letter_T

 

rois heures du mat’, les derniers s’en vont. J’ai éteind ma loupiotte, je ne voudrais pas que Christopher joue les prolongations dans ma chambre. Cassé comme il est, je serais capable de le balancer du cinquième. Fondu au noir donc. Zéro bruit. Une tombe. J’ai bien fait, il s’est arrêté à niveau de ma porte, il écoute des fois que … Bon, il se casse. Trop de la balle ! Oui, certaines personnes disent trop de la balle ! Bizarre d’employer des mots dont personne ne connait l’origine. Même Google ne sait pas … Pour te donner des synonymes, y a du monde ! L’étymologie ? Personne ! Bon enfin, Christopher est parti cuvé sa beu, ça baigne. Je reprend une pilule, je me trouve encore un peu mordant pour une fin de soirée. Parfois, je rêve d’être îvre mort comme autrefois. Enjoué, bête, démoralisé, batailleur, en larmes, passionné. Au lieu de cela, je suis en permanence flanqué d’une maudite lucidité. Plus aucun upside down : je suis psychiquement écrêté. Je suis un camp retranché où la tendresse et la haine n’ont plus leurs places. Mon état est celui d’une tempérance électrique, d’une sobriété épineuse. J’aimerais m’arrondir. Switcher parfois. Je me lève pour voir panam. J’ai vacillé. Quatre cachetons, c’était sans doute trop. J’ai voulu voir Paris et je vois Paris. Cela ne me fait aucun bien. Même ça. Un dernière Craven au balcon, puis pieux ! La désirable Alice voudrait que je ponde… Trop tard pour un journal. Débâcher la caisse dans le box ? Faire tourner le 12 cylindres ? Baiser l’éditrice ? Signer dans les librairies, dans les salons, comme Ernée ? Mais avant, m’asseoir sagement à un burling -chaque jour que dieu fera pendant au moins une année- à bien dérouler ma farce, à ciseller mes tournesols ? No way. Ce qu’il me faudrait, c’est un livre éclaircomme Hitler avait eu sa Blitzkrieg. Un Blitzbook… yeah, en plus, sound good ! Torché en trois mois. Et au cul Flaubert, le peine à jouir ! Tu en veux des dingues, l’éditrice à cul de danseuse ?! Du crâne qui explose ? De la sirène et des gyrophares ? Des salles de réveil pour épaves évanouies ? Des loques qui boivent du parfum en loucedé ? Des charcutières de petits poignets ? Des qui chient dans leur corbeille ? Des gégènes et des coups d’boules, ça te fait bicher Alice ? Des messies ronfleurs ? Un sanglier blessé ? Ça mouille ta culotte d’éditrice ? Attends, je vais te la modeler, moi, l’histoire de Denis, en dildo bien trapu ! Un gode maousse pour le plaisir du lecteur … Le Blitzbook arrive, esquive …

JF Dalle -No guimauve, please- 2014

Et parler je laisse ça aux étoiles

heptanes

 

 

Big_letter_E

 

lle aussi

elle a un avis sur ma vie

un avis plutôt négatif

les gamins ont bien grandi

qui ne jouent plus avec le chien

dommage

divorce

chômage

cercle vicieux

il ne me reste que ça

et l’air de la mer

et le terrain vague qui pousse dans la bagnole

et les libellules autour de la carcasse

tout ce que je trimballe d’inutile

prend enfin sa place

et parler je laisse ça aux étoiles

 

Heptanes Fraxion

Le trou du cul de service

zibelyne

 

Big_letter_L

 

e Captain Grelot pousse sa célèbre tirade « Un chien, ou j’tue l’nain ! »
Le Captain, par les maux – et pas de Meaux – envasé, s’est fourvoyé – voyez le four – a flingué le chien — le pauvre était sourd — et enculé de son vit ardent bien vif, Zyzy le nain. 
— Hardi, compagnons ! Enculons Gnafron ! a déclamé Grelot, cramponnant son nain, la bite à la main et, d’un coup de canon il a pété l’oignon, ramonant du croupion au gorgeon le cul du nain pleurant, queue en avant et clochettes sous l’affront tintant !
Il a tant manœuvré – vaillant cavalier – que le Rubicon en crue le trou du cul a noyé.
— César ! a crié le nain – tu as vaincu et vingt culs tu auras au paradis des enflés du troufignon ! Je m’incline – il y était déjà – mon cul État toit, graissé comme il se doigte… ! Sonnez grelots, résonnez trompette ! Mets-m’en une pétée, un lys dans la vallée !
— Avalée ? Quelle joyeuse idée ! Allez, jacte à l’Est, et nique ta loque, je t’enfile le gorgeon !
Joignant le geste à la geste, il plante moustache en bataille et grelots en sonnaille sous le pif du trublion.
Las ! Le nain, vissé à l’appendice ne peut crier merci et Captain Grelot lansquine, baronne en sautoir, délaissant le trou noir – oui, ne soyez pas bégueule – pour cet autre avaloir.
— Veni, veni, veni ! a gueulé, péremptoire, le phare en laminoir l’orgueilleux arrosoir.
— Vedi, vedi, vedi ! clame, hilare, la bouche du nain en abreuvoir, baveux égrappoir.
— Vici, vici, vici ! se réjouit Grelot, les couilles absolutoires. Va ! Trou du fût tué, demain tu reviendras, tendre ton pondoir à mes coups de butoir !
C’est ainsi que, depuis la nuit d’étang, en eaux vaseuses, le nain Zyzy se fait mettre la bassinoire et revient quêter – il aime –sautillant dandinoir , cumulard au cabinet-noir.

Eve Zibelyne

Du mauvais côté du lit

tissot

 

Big_letter_E

 

lle m’a dit : Je prends le côté fenêtre. J’ai senti qu’il valait mieux ne pas la contrarier. Besoin d’air, qu’elle a ajouté. Ca avait le mérite d’être clair.

C’était un petit hôtel, pas tape à l’œil. Le genre d’endroit assorti à mon portefeuille. Week-end en Normandie. Sans les enfants. Pour qu’on se retrouve en amoureux espérais-je. Histoire de se ressourcer qu’elle avait dit. Je gagne pas assez pour lui offrir les thermes de St Malo. Sans doute pour ça qu’elle sourit de moins en moins. Qu’elle hausse si souvent les yeux au ciel quand on discute. Alors on parle peu elle et moi. On évite les conflits. J’ai jamais aimé les conflits. Ils forcent à voir ce qui va de travers.

Je me suis allongé côté porte. Pensant que je devrais sans doute la prendre, la porte. Ou bien ma femme. C’était peut-être ce qu’elle attendait, ma femme. Que je prenne l’une ou l’autre. Je ne sais pas. Je ne sais plus. C’est vrai que je deviens de moins en moins entreprenant.

Elle a posé son livre et éteint la lumière. J’ai murmuré « Bonne nuit » sans oser l’embrasser. Elle s’est retournée en me répondant d’un borborygme, calant son cul tiède contre ma hanche. J’ai choisi de prendre ça pour une invitation, glissé ma main sous son tee-shirt. La pointe de son sein s’est durcie au creux de ma paume. Je suis fatiguée, qu’elle a dit. Sans pour autant me repousser. Un peu comme si elle attendait que j’insiste.

J’ai retiré ma main. J’en avais assez d’essayer de la comprendre. Finalement j’ai pris la porte.

Marlene Tissot

 

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