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Textes choisis

Avec toi

balade

 

 

Big_letter_J

 

’veux sortir avec toi

Oui, toi, tu sais

Faire deux pas dans la rue

Ou trois

Un voyage

Sans but

Rue des Pyrénées

Et sans bagages

Jusqu’à la Seine

Jusqu’à la mer

Qui se resserre

De fleuve en pirogue

Et vogue

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On fait comme si elle s’appelait Jennyfer


jennyfer

 

 

Big_letter_O

 

n fait comme si elle s’appelait Jennyfer

Elle est vachement jolie ! il me dit.
Elle est vachement gentille, j’ajoute. 
Elle fait pas de manière quand elle arrive le matin. Elle passe devant nous. Un sourire. Bonjour, vous allez bien ?

Alors évidemment, dans la lumière douce de ses yeux-qui-ne-nous-fuient-pas, on se sent comme du café sur un réchaud : frémissant.

On va bien. Oui, on va même très bien !

Elle bosse dans la boutique, juste à côté d’où on crèche. Chez Jennyfer. On n’a jamais osé lui demander son prénom, alors on fait comme si elle s’appelait Jennyfer. Et parfois on se dit, Tiens, on l’a pas vu passer ce matin, la petite Jennyfer ! Quel jour on est ? On ne sait plus trop. On se dit que ce doit être son jour de repos, certainement. Mais non, putain, c’est dimanche, regarde, tout est fermé ! C’est pas facile de suivre les articulations de la semaine quand on n’a pas de calendrier accroché au mur. Quand on n’a pas de mur où accrocher un calendrier. Le problème est réversible à l’infini quand t’habite dans la rue.

Parfois on se dit, merde, ça fait quatre jours qu’on l’a pas vue la petite Jennyfer. Et on se demande si elle est malade, si elle a déménagé, si elle reviendra jamais. C’est pas qu’elle soit si petite, la petite Jennyfer. Pas que ce soit une gamine, non plus. Elle doit avoir dans la trentaine et son sourire qui fait des plis de vrai sourire au coin de ses yeux. C’est beau. On dit petite de manière affectueuse. On l’aime beaucoup la petite Jennyfer.

Je crois même que j’en suis amoureux, me dit Georges.

Amoureux ? Comment ça amoureux ? je lui demande.

Tu veux pas que je te fasse un dessin, quand même ! il me sort.

T’es qu’un vieux dégueulasse, non de dieu !

Pas du tout, il dit, c’est juste de la tendresse. Comme l’envie de la prendre dans mes bras, de la cajoler. Peut-être bien de la bécoter un peu, mais faudrait que j’brosse mes dents d’abord.

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Avant de crever

ampoule-azylis

Big_letter_U

 

n jour, on te dit que tu es lumineuse,

et cette fois, c’est différent.

Tu kiffe le compliment.

Ouais.

Deux secondes.

Ce moment où tu sais pertinemment qu’en fait de lumière,

tu clignotes.

Comme les ampoules.

Bon, pas les merdes à économie d’énergie et de lumière aussi.

Non, celles à incandescence.

Elles clignotent toujours d’une lumière très vive.

Par intermittence.

Elles font toujours ça, avant de crever.

Azylis

Lupercal 2016

langda

 

 

Big_letter_L

 

e 22

février

2016

vers

4h55

du matin

près du

petit

village

de Lupercal

un être

humain

virtuel

est apparu

à cette

ex-

ouvrière

agricole

par la

fenêtre de

tchat

c’était juste une petite ligne de texte

elle lut

et sa chair

se fendilla

 

Perrin Langda

T’en veux ?!

ten-veux

 

 

Big_letter_T

 

u en veux, du dingue, du qu’est dans son jus, Alice ? Pas du littéraire, hein ? Du pas frelaté, nan. Des aliénés AOC. Des qui ont bien coulé, des qui remontrons jamais. Tu tombes bien, j’en ai, des zombies pas démouchetés, à te présenter. Alors, douce Alice, t’en veux ? T’en veux ?! Des Freaks, d’la grande parade, des qui sortent d’une Scala bien gondolante ?

Prends un siège.

J’ai tout, c’est mes Tournesols, mon blitzbook, ton bingo assuré. Tu vas voir, Alice, ma plume vas t’faire tripper. Tu en veux, des débarqués ? Alors hop, caméra embarquée ! De la raison qui s’en va, qui se siphonne, ça te botte, Alice ? C’est pas du blues raffiné, du cafard de riches, des névroses à cinquante boules la séance. C’est du dingue, du mieux qu’au ciné. Là, c’est du crâne explosé ! T’en veux ? Oui ?! Alors écoute-moi mieux !

J’te mets de la sirène et des pauvr’gens alarmés, des salles de réveil , des épaves évanouies ? Et des cliquetis de grilles aux fenêtres blindées, t’en veux, l’éditrice installée ? Des qui flanquent bien les miquettes, à la nuit tombée ? Entre chien et loup, entre chien et chien, entre nous devenus loups ? Des sanglots, des cris, des hoquets, des convulsions ? Des loques qui boivent du parfum en loucedé ? Des charcutières de petits poignets ? Des qui chient dans leur corbeille, des femmes-caca épatantes !

Des gégènes médicales et des coups d’boules, ça te fait bicher ? Biche Alice, j’ai aussi. Des messies ronfleurs ? Des meufs qui montrent leur chatte par qu’elles se sentent amoindries ? Parce que camées, elles se sentent moins jolies ? Et les confessions du sanglier blessé, tu les veux ?

En bonus féérique, je te raconterai même l’histoire merveilleuse, celle du jeune homme qui avait tout massacré. Pour faire marrer un copain plus bourré que lui. Tous ses tableaux y sont passés. J’te ferai le nofuture expliqué aux parents, le punk pour les nuls. Un soir d’aubaine comme ça, ça n’arrive qu’une fois, on en profite, on gâche pas. Une vraie p’tite saynète, celle-là. Fais-moi confiance, ça trempera bien des culottes de soie, une tristesse comme ça. Et puis j’te mets aussi ses yeux, les yeux de ma mère rougis ? Oh fais pas ta gênée, c’est inespéré ! Mais si, prends-les, j’te les mets, on cause plaisir de lecture et dividendes à la clé.

Tu me crois mito ? Tout à fait réglo, au contraire.

Tu verras, tu r’grettras pas ma p’tite désolation sous zinc. C’est fou ce qui grouille dans les mansardes, c’est impayable. Attends, je vais te la modeler, moi, l’histoire du Denis, en dildo bien trapu ! Un gode maousse pour le plaisir des lectrices. Mon dildo en tête de gondole ! Tu le veux ? T’as raison, t’as un bon petit nez, toi, ça fera mousser. Et prévois un méga à-valoir. Je vais l’écrire, mon blitzbook ! Ouvre bien tes cuisses d’éditrice, j’arrive…

JFD- no guimauve, please -2014-

Un gros doigt

azylis

 

 

Big_letter_I

 

l y a des endroits qui mettent en relief la platitude de vos vies.
 Comme si leurs couleurs vives absorbaient la pâle lueur des vôtres déjà exsangues.

Ce genre de lieux où les gens en chient évidemment comme tout le monde, parce-que la merde c’est en nous qu’on la porte, dès le premier pleur.

D’ailleurs c’est comme ça que l’on commence, éjecté dans la vie dans un sale bruit de barbaque glissant sur les étals s’il n’y avait pas les femmes que l’on dit sages, payées pour vous rattraper et enjoliver un peu le truc. 
Et en pleurant. Comme ça, à l’instinct.

Il y a des endroits où quand les gens sortent c’est pour sortir vraiment.
 Sortir d’eux-mêmes, de leur vie de cons, de leur banalité de pauvres clônes pas assez malins pour s’en attrister, ou alors trop et en sombrer. 
Dans ces endroits les gens savent sortir d’eux-mêmes oui.
Jouer des rôles pour ne pas se perdre. 
Jouer le jeu de leurs facettes, les assumer, les entretenir, en changer, les assumer, toujours.

Mettre le paquet pour pas crever.

Après ça faudra rentrer, retrouver la France, avec ses airs compassés.
 Ses cons frustrés, qui veulent baiser sans trop se forcer. 
Ses sales putes intéressées qui sont d’accord si les soupirs ramènent de l’or. 
Des mal baisées très contentantes.
Petites bourgeoises refoulées, aux aspirations peu rutilantes, dans leurs petites fringues en camaieux qui font surtout pas mal aux yeux.

Et tout ce beau monde qui se mélange, qui se fait croire que c’est ça le fun.

Juré sur les cadavres de capotes autour du lit !

Même s’il n’y en a pas assez.

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Quelque part, sur terre.

haziza-iii

 

 

Big_letter_M

 

on appartement est troué

c’est une fenêtre de soleil

en tailleur

je lis de la poésie
je n’y comprends pas toujours tout

les pages dorées m’agressent les yeux

en tournant ces pages

je pense
que la flaque aura bientôt disparu

par
un mouvement infime de choses immenses,

galactiques

puis ma copine rentrera du boulot

et je lui sourirai.

je n’ai aucun doute sur ce point :

quelque part,

un homme s’imagine
 en tenue de plongée,

se masturbant devant
 une bouche d’incendie

et se dit
 qu’il n’y a pas plus grand bonheur

sur Terre.

 

Brice Haziza
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