Revue Métèque n°7

12,00

Les nippes …

 

Je ne m’apprête pas à vous parler de nippes, d’habit et de moine, l’affaire est déjà trop largement entendue. Comme les textes ont été bons, je pense que ce thème convenait, je m’en tiens là pour ce qui est des nippes, puisque vous savez mon peu d’estime pour les sujets, et mon attrait éventuel pour les textes, surtout mon goût pour RM, cet objet que j’ai voulu faire naître.

 

Revue Métèque, 2013- 2018, baissera son rideau en novembre. De nouveaux rideaux doivent s’ouvrir ailleurs, vous suivez les revues, vous connaissez cela mieux que moi. Ainsi je ne lèse aucun auteur. Les vacances éternelles que je prends ne vous impactent pas, je ne suis pas Alstom qui jette ses travailleurs sur le carreau. Non, RM était une vieille idée, cinq années c’est énorme, les bonnes idées vieillissent comme les mauvaises, la péremption menace tout et tous.

Ai-je été content d’RM ? Surpris d’abord. Surpris de me lancer dans quelque chose qui m’était absolument étranger. Les livres n’auront été que des compagnons de fortune, à l’heure où l’infortune fut mon lot. Une petite période, à peine quelques décennies. Dès que la vie m’a souri plus, ils ont repris la place de toujours, dans de maigres cartons, sur des planches parfois pour les plus ronflants, les plus arty, je suis show off vous le savez. Oui, surpris qu’un étranger aux livres s’adonne à l’édition, même d’une revue littéraire. Ce fut si étrange d’être le leader d’une revue. Pourtant jamais mon illégitimité ne m’aura fait rougir. J’en ai fait au contraire un argument publicitaire à contre-fil, comme je persiste à le faire à présent pour vous faire sourire. Surpris donc. Mais cette fatalité aberrante m’aura aidé à diverses choses, comme ré-aimer prendre la parole, aimer vous entendre, même. Voilà, en pénétrant chez moi, vous pénétriez dans ma résurrection, vous tous l’avez su, merci d’avoir oeuvré à ma convalescence.

 

Ai-je été content d’RM ? Beaucoup. Non pas du micro-pouvoir qu’elle m’aura donné, le pouvoir que je veux est immense, bien au-dessus de mes possibilités, je vous fais grâce de ça si je ne peux m’en faire grâce personnellement. I can get no satisfaction, le problème est ancien, Revue Métèque de ce point de vue ne m’aura pas aidé. Non, j’ai été content d’elle car elle a EXISTÉ. Elle m’a permis de renouer avec des expériences qui calèrent en route autrefois. Je trouve qu’avec vous nous aurons fait du bon boulot.

 

Marianne Maury Kaufmann m’a ramené d’un salon des revues littéraires, je les ai trouvées plastiquement consternantes. Les textes, je suppose qu’ils n’étaient ni mieux ni pires que dans ma revue, évidemment comme vous l’imaginez je n’ai pas vérifié. Des revues consternantes, tièdes, ou inversement faites d’un trash obsolète, sentant le punk mal assimilé, flanquées de noms prétentieux ou juste bêtes, des “ronéotypages” de MJC, ce que l’underground produit de pire pour briguer encore un statut rebelle qui lui échappe. Pardon de défendre encore mon choix – une revue comme «des rangers fourrées chinchilla», ou une limousine radicale, straight mais corrosive -, alors même que je parle de rideau qui se baisse : je suis agressif de nature, il faut vous en consoler, comme j’essaie parfois de m’en corriger.

 

Parfois, au hasard d’une vente, je feuillette une de mes revues passées… RM était une revue d’amateur, avec tout que cela comporte d’erreurs autant que de grâce. Cette revue n’eut pas de charte graphique – le vilain mot -, à peine une ligne éditoriale – autre vilain mot -, mais, au fil de son existence, je pense qu’elles se révélèrent quand même, que sa radicalité et son soin se sont vus.

 

Je pense que cette revue n’a pas su être métèque jusqu’au point où je le souhaitais – mais était-ce possible au fond. Elle n’a jamais constitué cette ‘intifada littéraire” que j’avais imprudemment voulu instiguer – oui à cinquante-cinq ans j’étais encore d’une jeunesse effrayante. RM a tout de même répondu à ce que l’on peut attendre d’une revue littéraire contemporaine.

 

Tous nous aurons essayé d’être au plus près de nous, de nos aspirations, et si nous n’avons qu’un peu flirté avec les lignes, je ne crois pas qu’il faille en accuser nos faiblesses, mais plutôt ma gigantesque prétention, un horizon que ne nous pouvions que manquer. Ce que nous avons atteint fut énorme tout de même, ce que nous avons atteint ce sont nos limites, ou, tout au moins, les limites que suggérait le ton de cette revue, et je suis content que vous les ayez atteintes dans Revue Métèque.

Je sais que le dernier opus ne sera pas inférieur aux plus anciens, c’est donc ce que nous pouvons faire de mieux, de plus digne. Donner le peu et le mieux, jusqu’au bout.

 

 

Jean-François Dalle

1959-2042

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