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Du mauvais côté du lit

tissot

 

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lle m’a dit : Je prends le côté fenêtre. J’ai senti qu’il valait mieux ne pas la contrarier. Besoin d’air, qu’elle a ajouté. Ca avait le mérite d’être clair.

C’était un petit hôtel, pas tape à l’œil. Le genre d’endroit assorti à mon portefeuille. Week-end en Normandie. Sans les enfants. Pour qu’on se retrouve en amoureux espérais-je. Histoire de se ressourcer qu’elle avait dit. Je gagne pas assez pour lui offrir les thermes de St Malo. Sans doute pour ça qu’elle sourit de moins en moins. Qu’elle hausse si souvent les yeux au ciel quand on discute. Alors on parle peu elle et moi. On évite les conflits. J’ai jamais aimé les conflits. Ils forcent à voir ce qui va de travers.

Je me suis allongé côté porte. Pensant que je devrais sans doute la prendre, la porte. Ou bien ma femme. C’était peut-être ce qu’elle attendait, ma femme. Que je prenne l’une ou l’autre. Je ne sais pas. Je ne sais plus. C’est vrai que je deviens de moins en moins entreprenant.

Elle a posé son livre et éteint la lumière. J’ai murmuré « Bonne nuit » sans oser l’embrasser. Elle s’est retournée en me répondant d’un borborygme, calant son cul tiède contre ma hanche. J’ai choisi de prendre ça pour une invitation, glissé ma main sous son tee-shirt. La pointe de son sein s’est durcie au creux de ma paume. Je suis fatiguée, qu’elle a dit. Sans pour autant me repousser. Un peu comme si elle attendait que j’insiste.

J’ai retiré ma main. J’en avais assez d’essayer de la comprendre. Finalement j’ai pris la porte.

Marlene Tissot