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Je suis arrivé

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e suis arrivé au bord du monde.
Ça ressemblait à une chambre en plein air, avec des murs aux couleurs feutrées et des posters insensés dont les coins auraient été cornés par le vent. C’était peu dire que la lumière avait dû rougeoyer par ici. Elle avait laissé le ciel en flammes, de minuscules nuages couverts d’or y trainaient comme des ombres faméliques au matin défoncé. Assises à gémir sur un banc avec force grimaces et soupirs tandis que le soleil clignote sur un étang à nénuphars. L’air gonflait et explosait dans un écho. Un écho qui craquait.
J’ai avancé, on se serait cru à la pointe du Raz pour une excursion, un samedi en famille. J’étais amoureux. Douloureusement, je tournais chèvre.
D’elle, je ne connaissais que le prénom et quelques détails, dont l’odeur vanillée de ses cheveux. Je savais aussi qu’elle n’était pas ma femme.
J’ai fait deux pas en direction de ce qui me semblait être la mer en contrebas. Cette drôle d’étendue d’où pointaient par endroits de petites montagnes aux sommets enneigés. Mon chat a plongé devant moi, s’est coulé dans une vague d’étain. Je me suis tordu la cheville sur un silex blanc.
Ça ressemblait à une chambre en plein air par ici. Une chambre sans lit, sans draps, sans parfum, sans protocole. Un vent de tous les diables hurlait à mes oreilles. Je sentais mes veines se dilater sous la pression accrue du sang à proximité de l’entorse. Une chambre sans passion, sans repos. J’ai ouvert la fenêtre et j’ai soufflé, sans conviction.

 Nicolas Albert G