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Les dresseuses d’ours

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-Vamos cantine Julie ?

-Bof.

-T’as pas le coup de fourchette aussi bon que celui du poignet ?

Bon, pas un sourire. Plus douée pour la bite que pour l’humour, Julie. Mais il en faut, comme dit Jeanine…

En passant devant ce con de cygne, elle lui fait un fuck à l’anglaise. Le gros, outragé, esquisse un semblant de vol. Tout en éclaboussures malhabiles. Julie marque un point, at least. Nous rentrons. En ayant fini avec elle, je la laisse dans le hall aux divans capitonnés, ceux de la réception.

Là, un jeune con de son âge l’attend. La bouche en cul de poule et le coeur gros comme ça.

-Toi, mon con, me dis-je, tu n’auras ni son cul ni rien d’autre.

Je lui souris à ce rapper d’opérette. Pour voir. Comme ça. Ce fantoche me fait signe de la main. Genre, heureux fantoche. Putain, c’est consternant… Julie lui tape une clope sans un regard et se barre sans un merci. Au moins, elle comprend la vie. Prendre ou donner mais pas n’importe comment. C’est une science. Elle la possède déjà.

Je reste là, un court moment, à regarder ce noodle idolâtre de « Nique Ta mère ».

-Ca va rentrer dans ta tête ça ? Même pas. Ah pour te montrer ses nichons, à bien te les planter sous le zen, ça, elle va le faire. Et une cigarette par-ci, un ticket de bus par-là. Mais pour te la niquer, ça, macache ! Le cul d’poule, ça fonctionne pas avec les femmes, brandoullion ! Si tu veux qu’il y ait un jour béni, qu’elle te branle sous les chênes, comme moi, y faudra autrement t’endurcir, mon p’tit bonhomme. Moi, j’ai trois trucs en un : je suis coriace, misogyne et mystérieux. Mais faut les capacités ! Toi, je te conseillerais un truc simple. Enfin, en attendant ce jour-là, et il te faudra t’armer de patience parce que tu m’as l’air sacrement nunuche. Y aura encore beaucoup de tirage sur la nouille, crois-moi… T’as pas fini de t’astiquer sur le web. Faut pas être faible, merde ! Faut pas être con non plus, remarque. C’est ni plus ni moins qu’une pêche délicate. Laisser filer… Prendre son temps, puis, au moment propice ferrer ferme, sans pitié ! Mais c’est un dosage. T’as jamais vu de documentaires animaliers, ou quoi ?! Toi, mon jeune ami, tu ferres à qui mieux mieux. A chaque qu’elle passe, tu vaporises tes hormones. Une vraie dégueulasserie. Elle le sent, tu parles ! Ton manège est énorme. Mais comme elle a besoin de clopes et que tes besoins en nichons sont énormes, elle en profite. Mets-toi à sa place. Seulement quand elle voudra tirer un coup, quand ses entrailles sonneront l’heure des ripailles, c’est pas vers ta gueule qu’elle ira. Non, non, non, c’est ma porte qu’elle poussera. Tu trouves ça injuste ? Oui et non. Elle a besoin d’assurance. Elle n’a pas besoin de ton amour ou je ne sais quels conneries que tu veux lui fourguer. Ta bite ? Rêve pas, elle connait ça par coeur ! Non, sa baise elle la monnayera toujours. Contre n’importe quoi qu’elle n’a pas mais qu’elle voudra. Non, c’qu’elle voudra c’est un statut, une béquille forte, l’humour qu’elle n’a pas, l’intelligence qu’elle n’a pas en suffisance, que sais-je ? A toi de représenter ce qu’elle cherche. Sinon, tu t’astiques, tu vas aux putes ou te te tapes que des monstres en manque. Mais même celles-là, t’y fies pas. Toutes restent femmes. Même la grosse Corinne ! Même sous sa couche de merde, git une femme. Naomi Campbell ou Corinne Caca, elles exigeront de toi presque les mêmes qualités. Peu ou prou. Les monstres sont tout juste bonnes à faire ta bouffe et à te sucer pendant les matches . Tu penses ça ? Oui et alors ? Ce qui n’empêche qu’aucune ne te léchera le trou de bal pour des cacahouètes. Je te préviens. C’est pas amical, hein ?, note bien, je te conchie. C’est juste que c’est inscrit, là, dans tes gênes de débilos, la niaiserie, et dans les leurs de dresseuses d’ours, le calcul. Je te donne la formule. C’est déjà bon.

Fatigué de tous, je quitte le hall. Sa frimousse d’ado m’a filé la nausée. Enfin un couloir vide. Juste mes pas. La clinique est construite sur un devers. Je descends d’un étage pour rejoindre ma chambre, au niveau de la prairie. Mon lit est toujours joliment fait. Non, c’est bien ici. Fénêtre grande ouverte, je m’allume une Craven A.

J’ouvre mon livre. J’en suis page deux cent vingt deux de L’Homme sans qualité.

C’est marrant 222.

C’est juste que Musil, c’est un peu chiant.

JF Dalle

Oeuvre de Justin Aerni, qui fera partiie d’RM N°1