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Premier bistrot, premiers frissons

eve

 

 

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l crache un long jet brunâtre. Ses gencives dessinent un mince sourire au goût de fer. Quinze jours déjà, qu’il est sorti de taule ! Quinze jours de rue, à zoner au buffet de la gare, à coucher sur le raide des bancs de salle d’attente. Son pote Jean-Claude secoue la manche de son blouson clouté. Noir — en simili cuir, façon motard – le minimum, pour un voyou de sa trempe.

Deux filles ricanent à l’arrêt de bus. Elles les regardent. Le froid de ce dix-neuf décembre s’estompe. Enfin, une ouverture ! Les deux loulous ramènent leur fraise et cernent les petites. Des fraîches. Des bouseuses débarquées de leur cambrousse. Des qui n’ont jamais vu le loup !

Mini jupe, pantalons pattes d’éph et frisotteries minables autour des hublots qui masquent de jolis minois. Il fait froid sur le quai de la gare routière. Les gamines acceptent le café offert au Saint-Claude. Premier bistrot, premier frisson. Les deux margoulins, eux, n’en sont pas à leurs premiers pas. Jean-Bernard est belle gueule et Stones a la gouaille. Les mains s’échappent sous la table. La plus grande, qui est la plus jeune, dévie le tir et s’abîme en gloussements aigus. La petite, qui est la plus âgée, vient de passer ses seize ans. Passer, pas fêter, dans la grisaille naissance des années 1970, les boums d’ados ne sont pas encore de mise. Mai 68 a laissé son empreinte, vite étouffée, hélas, mais dans la tête d’Annie, la liberté rugit en contrepoint avec une éducation rigide et prude.

Les couples se forment. Annie a laissé la main lutiner au chaud de sa culotte. Stones a bandé comme un bouc en heurtant l’hymen. Sa virilité en jachère n’en peut plus. Il a plongé sa langue dans la bouche hésitante. Elle a été surprise par cette haleine mortifère et par ce sourire, pianoté de chicots vampiriques. Son ventre chaud a fermé les portes de la raison sous la morsure des canines. Il a retroussé sa mini jupe verte – elle en avait fait l’ourlet au plus court – dévoilant sa culotte aux ivrognes qui lorgnaient du comptoir. Elle n’a pas bronché, bravache, quand il a dégagé l’étoffe, dévoilant sa touffe.

— Tu aimes quand je te touche la moule ?

La moule ? Elle a fait semblant de savoir – elle a ri en serrant les cuisses autour du doigt qui frottait son clitoris avec ardeur. Linette et Jean-Bernard fumaient des P4 en se regardant le blanc des yeux. Quels nuls ! Annie, elle, en voulait plus !
Les graveleux se sont assis, vue plongeante sur la chatte ouverte de la fille. Quelle salope ! Ils ont maté l’ourlet rougi que le gonze s’évertuait à écarter en lui pelotant les nibards. La gamine était chaudasse.
Elle a tortillé du cul pour sentir le courant d’air de la porte lui caresser la raie des fesses. La bière rousse– ils n’avaient pas pris de café – lui tournait un peu la tête.

Linette a appelé les parents pour dire qu’ils avaient raté le car et qu’ils dormiraient chez la grand-mère. Ils sont repartis, bras dessus, bras dessous, par les rues glaciales. La grand-mère était en maison de repos, elles avaient quartier libre !
Les marlous avaient concocté un plan. Impossible d’aller chez les vieux de Stones avec des filles, la vieille allait les insulter. Si les mômes avaient roulé des billes en apprenant qu’elles se faisaient tripoter par des voyous, des vrais, il n’en était pas de même des vieux qui auraient préféré que Stones reste au trou. Son copain, lui, n’en avait plus, la classe !

C’est ainsi que, après avoir piqué des bouteilles à l’épicerie du quartier, les quatre compères ont échoué dans un garage à vélo du Sanitas. Ils ont liché, fumé, liché. Linette et Jean-Bernard ont élu domicile dans un recoin, le cul posé sur des papiers douteux absorbant les flaques de graisse des mobylettes.

Stones a étalé son blouson noir au centre de la dalle. Il a couché la petite sur ce lit improvisé et a fait glisser l’encombrante culotte. Pas de ces petits strings de dentelle que les gamines portent aujourd’hui, non, une vraie culotte qui cache les fesses et enferme la moule – elle a adopté ce petit nom — pas même un slip ajouré, mais du bon coton qui boue. Il n’y a pas prêté attention. Il a plongé sa bouche piano dans cette chatte de pucelle, à grands coups de langue gourmande, agenouillé sur la dalle glacée. Là, dans ce décor sordide qui n’avait rien que d’ordinaire pour lui, il allait se la sauter, lui faire sauter le bouchon, ravager ce petit trou de môme qui lui faisait frémir les roustons !

Il a sorti sa queue, elle a ouvert grand les yeux. Elle n’en avait jamais vu. Ses mains ont attrapé cette bite gonflée – elle savait qu’il fallait faire comme ça – et ont astiqué la bête. Au premier coup de dent, il a sursauté et la lui a enfoncée dans la gorge en râlant. Elle n’avait pas bon goût — ça sentait la pisse – sa langue a lavé la souillure bon gré mal gré, tandis que ses jambes s’ouvraient, s’ouvraient, avides de connaître l’homme. Talons arcboutés au béton, le corps bandé, la chatte offerte, elle a sucé cette maudite queue qui la faisait hoqueter.
Là-bas, dans le recoin, Linette, l’esprit inquiet, roulait des pelles à Jean-Bernard en refusant sa chatte bloquée derrière l’armure de son pantalon.

Sur le blouson, Stones pétrissait les seins dénudés de sa providentielle conquête. Deux petites boules rondes et fermes qu’il roulait autour de sa verge tendue d’envie. Il enfilait cette gorge après sa bouche, raide d’excitation.
Elle voyait sa frange huileuse battre son œil – ça lui donnait l’air d’un pirate – une frange blonde, raide, sale de cette sueur innommable au parfum de bar rance.

Un cri rauque. Ses seins écrasés enduits soudain de cette crème gluante jaillie de la tête de nœud. Dans la lueur blafarde de l’aube qui se lève, elle mate, étonnée, la jouissance de son assaillant. Elle lèche le rebord de sa bouche, là où il se presse en lui caressant les cheveux. Ses boucles à la Louis XIV s’emmêlent dans la fermeture éclair du blouson. Elle a froid, mal à ses fesses, éraflées par les clous du blouson. Noir. Ses pieds ont perdu leurs chaussures et ses talons irrités raclent le sol à la recherche d’un peu de plastique tendre – en vain.

Il n’en a pas fini avec elle. Elle aimerait dormir un peu, elle commence à se rendre compte… Elle a peur, un peu. Elle ne va pas se dégonfler maintenant. D’ailleurs, elle ne se dégonfle jamais.

Assis sur son ventre, il fume une P4 en touchant ses cuisses. Il lui montre son cul blanc – elle voit ses couilles lorsqu’il lui mordille les doigts de pied. Quelle idée ?
Le poids de sa queue qui s’approche de… Il se retourne et l’enfourche, lève ses jambes, son cul – elle s’accroche aux manches, les clous imprimés dans le dos – elle crie. Il force, pique, creuse, l’hymen résiste. Mal, ça fait si mal ! Elle crie encore, des cris de souris, étouffés de honte. Les larmes roulent, sel sali sur le sperme qui macule son cou.

La queue ne se démonte pas, elle lime sans relâche et fore son tunnel fertile. Elle n’est que douleur, ventre hérissé, déchirée, brûlée. Il parvient enfin à l’ouvrir, chaleur – elle se pisse dessus ? Épuisée, elle s’abandonne – c’est étrange – la douleur se mélange à d’autres frémissements.

Elle est dépucelée ! Le trou brûle encore, la déchirure s’incruste sur son front comme le cul des poulets que vide sa mère. Sa main ramène la trace rougie – le sang –, celui que les femmes perdent, le sang offert en sacrifice à la domination masculine. Sa mère ne viendra pas vérifier ses draps – elle n’aime pas sa mère. Un rictus victorieux couronne la perte de sa virginité. Un baiser de sang amer.

Elle a baisé sa mère !

Eve zibelyne