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Coma

caro

 

 

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près avoir tout tenté avec elle et qu’elle se fut pourtant endormie, ce trop grand calme où Nelly me laissait, plongea notre maison dans un silence abyssal.

Alors que désormais j’étais si loin pour elle, mon désir, lui, stagnait et, bien qu’il fût flou, il était trop impérieux pour que je l’ignore. Comme il était déjà trois heures du matin, que Paris et ses filles étaient à trente minutes, je m’étais dit qu’en découvrant Nelly, je pourrais me contenter de la voir en culotte, abandonnée et offerte. Me branler en regardant son dos  et caresser son cul d’enfant n’était pas une voie médiane. C’était au contraire à mes yeux une alternative royale qui me procurait à chaque fois un plaisir unique: aucune femme avant elle n’avait su descendre à un tel niveau de torpeur confiante et, surtout, s’y maintenir malgré certains bruits inévitables et certains gestes qui menaceraient d’ordinaire n’importe quel sommeil. Si bien qu’elle seule, Nelly, chosifiée, respirant calmement, me permettait ces moments d’onanisme à deux, profonds, lents, comme un adagietto providentiel arraché à l’ennui.

Si souvent, dans les mêmes circonstances, je m’étais assis à côté de son gisant. J’avais ouvert la main de ce pantin endormi et j’y avais insinué ma queue.

À chaque fois, j’avais resserré ses doigts inertes de ma main résolue.

Elle, si jolie, gazelle noyée dans la plume et dans son rêve, me branlait sans conscience. Quand certaines nuits le clair de lune n’avait pas suffi, je n’avais jamais hésité à rallumer la lampe de chevet de cette femme si céleste pour mieux voir aller et venir mon gland sur sa joue et le regarder lustrer ses lèvres. Elle en culotte et moi nu en toute liberté dans cette chambre dédiée à mon contentement, l’hypnose devenait totale.

Puis venait le moment où, dans cet ébat alangui et muet, mon sperme, montant furieux, couvrait nos deux mains jointes. Ses yeux clos et son coma toujours aussi dense, je séparais nos doigts et me levais pour chercher un gant tiède.

Après avoir lavé sa main, je tirais les dix dernières bouffées d’une sèche solitaire, puis, une main sur son ventre, je reprenais ma place derrière elle pour clore, jusqu’au matin, cette parenthèse clandestine dans le parfum de ses cheveux.

Jean-François Dalle
Maréchal de nuit, extrait.