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Delirium copulens

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i je menaçais de le quitter, alors là, il s’écroulait ! Il perdait toute dignité, il se mettait à pleurer comme une madeleine, et puis il bavait des suppliques, il gargouillait des « je vais mourir », enfin c’était horrible. Moi, j’avais pitié, mais je me retenais de le montrer, je me forçais à me souvenir qu’il était bourré, tout simplement plein comme une barrique, et j’évitais de regarder ses mains. C’est juste un exemple, mais ses mains m’ont toujours fait craquer : une façon de tenir les choses, élégante et pragmatique en même temps ; enfin, c’est indéfinissable.
Je me demandais ce que je foutais, accroupie sur le plancher, j’hésitais à lui caresser la joue, j’avais plus du tout envie de son contact, de ses larmes, de son mouillé. Que ce soit son sperme, sa salive ou autre chose, j’en voulais plus, j’aurais pu hurler, alors du coup ça dégoulinait, la morve, les larmes, un cataclysme.

Il essayait de me culpabiliser, il a toujours été super fort pour ça. « Regarde ce que tu fais de moi » il disait, le salaud. C’est quand même pas moi qu’il l’avais sorti du collège à douze ans et envoyé à la menuiserie !
Et on était là, le temps passait, j’étais crevée et je ne pouvais pas m’empêcher de penser au lendemain, au boulot. Je devais me lever tôt et être efficace. Il gueulait « je n’ai jamais aimé une femme autant que toi », tu m’étonnes ! Je le sortais de sa mouise, oui ! Contre un léchage de chatte de compétition. Parce que ce genre de type, évidemment, il se rattrape comme ça : il te la bouffe, il t’envoie au ciel, il fait attention à toi comme jamais t’aurais cru ça possible. Tous ses efforts, toutes ses forces, il les met dans la baise.

Et puis il te jure que t’es la plus belle. Il te donne la liste : la plus belle moule, le plus beau cul, la plus belle peau, une peau de jeune fille. Il dit qu’il t’aimera jusqu’à la mort, que les vieilles c’est son kif, que d’ailleurs tu seras jamais vieille à proprement parler, juste moins jeune, et qu’il a pour toi une qualité d’amour qui défie les lois de la pesanteur, de la pourriture, toutes les lois de la nature ; qu’avant d’en retrouver un comme lui, tu pourras toujours courir.

Parce que forcément, au milieu de ses borborygmes, il balance des menaces. Des menaces contre toi, et aussi contre lui. Il dit pas vraiment qu’il va se suicider, il te laisse deviner que ça va mal finir, qu’il va plonger, qu’il est au bord du gouffre. Que toi, t’es la barrière.
Je sais plus où j’en étais. Ah oui, je disais que j’allais le quitter.

C’était si lamentable que je suggérais qu’on aille se coucher. Une fois dans la chambre, il insistait tellement pour me lécher que je faisais du calcul mental, je comparais le temps que ça prendrait de me laisser faire plutôt que de m’opposer, et je me disais que tant qu’il serait en bas à me brouter, j’aurais pas le nez dans son haleine d’alcool.

Je criais et il remontait pour les félicitations. Il y avait encore un moment pénible car après tout, il fallait qu’il éjacule, aussi. Il visait entre mes seins, il était toujours épaté de voir tout ce qui sortait, il me le tartinait partout et enfin, s’écroulait. Parfois quelques pets échappaient et empuantissaient les draps.

Un jour il a perdu une dent et j’ai cherché dans ma chatte.

Marianne Maury Kaufmann