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PISE

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ivre au sein des étranges, des cabossés, a plus d’un charme. Il faut juste savoir en goûter la nature. Du moins, pour un chapitre, ce chapitre. Aisée, en un sens, la saveur des fous.

Je suis pas contre changer d’univers, mais pas pour une sortie pour une sortie…

J’en avais vu tant qui voulaient sortir pour sortir. Comme si sortir allait changer leur donne. Bouffons ici, bouffons chez eux. La cafouille, ça vous suit. Pire que les chiens au sang. Elle les suivra tous à la trace. Jusque dans leurs HLM. Pourront pas y échapper. Non et Jamais. Alors leurs sorties… Il me font doucement marrer avec leurs foutue lubie. Sortir…

Il faut sortir quand le chapitre est terminé. Avant, c’est Gribouille et compagnie. Je ne sortirais qu’à la fin de ce chapitre, clinique des Mimosa. En fin d’ épisode, quand il se tiendra bien droit ! Tout seul ! Assuré ! Pise, c’est rigolo. C’est bien un temps, celui de la surprise. Mais n’allez pas me dire que c’est le monument de référence ! Une tour tout juste bonne à faire des photos à la con, ça, Pise. Aussi vulgaire que le cygne des Mimosas.

« -Oh ! Elle penche !

-Oui, ducon, elle penche. Et ?

-Bah c’est marrant… C’est pas ordinaire.

-Oui, t’as raison Ducon, c’est fou c’qu’il y a comme trucs marrants. Mais c’est surtout très ordinaire d’en faire des photos quand on est à Pise.

-Mais vous êtes fou ?! je ne vous permet pas !

-Je sais. Toi t’aimes. Moi, je trouve ça tarte , Pise. T’inquiète Ducon, c’est l’inévitable courbe de Gauss. Tu aimes. J’aime pas. C’est normal. Remballe ta vie et fous-moi la paix.

-Vous êtes vraiment dérangé, mon pauvre.

-Oui, dérangé, t’as raison. Dérangé par vous, les bécasses, les « photographieurs » de tour de Pise. Vous me sortez par les trous. Les ahuris en car. Vous m’encombrer les expos, vous me polluer internet. C’est vous la chair à block- busters ? Pas ravi ! Pas enchanté ! Fuck ! Mais je suis pas fou. Comme aucune force connue ne peut vous anéantir tous, je vous évite juste. Quoi faire d’autre ? Je vis un sanglier. En rat. Je me cache pour ne pas trop vous croiser. Je ne vais pas voir van Gogh au Grand-Palais, vous y êtes. Je ne regarde pas la télé, elle est faite pour vous. La seule fois qu’un musée fut respirable, c’est lorsque je pus visiter celui d’Orsay, la nuit. Nous étions quatre. Ah la grande aubaine ! J’avais pu enfin admirer un Bonnard sans parasite dans ton genre. Et les grotesques de Daumier ! Sans vous ! Quelles merveilles… Ensuite, je m’étais assis face à un grand Fantin-Latour. A cet instant, j’aurais pu remercier le p’tit Jésus. Un musée, c’est jamais tout à fait ça, mais quand même, débarrassé des visiteurs, cela fait partie des extases sur lesquelles on ne peut pas cracher.

-Vous mériteriez une toise !

-Te bile pas, je l’ai ma branlée. A la prochaine vitrine, tu t’arrêtes et tu te mates, toi, tes gosses et ta grosse. Tu vas la voir, là, en horrible, ma correction. Elle a vos pauvres sales gueules, ma correction. Note que c’est pas personnel. Ne le prend pas pour toi. Toi et ta famille, vous êtes pareils à des millions d’autres. Toi, en fait, tu comptes pas. Te sens pas visé. Je t’explique parce que t’as pas l’air de bien comprendre. Tu vois la société des fourmis ? L’individu n’est pas celui auquel on pense. Une fourmi n’est rien en elle-même. L’individu, c’est la fourmilière, en réalité. C’est elle qui se déplace. C’est elle qui décide d’une guerre ou d’une rapine.

-Vous délir…

-Tais-toi ! Ecoute ! je ne suis pas dérangé par une fourmi comme toi. C’est la fourmilière qui me pèse. Autrement, toi, tes photos de monuments, ta famille de nazes, ta petite pollution perso, tu crois que ça peut m’intéresser ? Redescend sur terre, touriste ! T’es rien. Qu’un « brouillard d’homme », pas plus.

-Et bien sûr, vous, vous êtes quelqu’un !

-Oui. Mais me présenter à toi est impossible. T’as pas les outils pour m’ausculter. Tout ça, c’est tout en détails. Ça demande des petits doigts, n’est-ce-pas ? C’est de l’horlogerie fine. Contente-toi de la tour de Pise, de tes lardons, de ta diesel cinq portes intérieur velours. Tu n’es pas fait pour la ronce de noyer, l’ overdrive et le cuir patiné. Fête Noël en famille et oublis-moi. Et ne crois que dans la maladie nous deviendrons un jour égaux. Deux agonisants qui pourraient faire bras d ’ssus, bras d’ssous. Nan, je te vois venir, Ducon. Même vieux, à mouroir egal, j’te parlerai pas non plus. Toi, tu seras toujours qu’une parcelle miteuse du monde. Tu feras partie de la palissade grise. Jusqu’à la fin. Comme maintenant, en somme. Rien ne changera. Jamais. Même en déambulateur, tu resteras le même sale con facultatif.

-Vous n’êtes qu’un pauvre type qui se croit supérieur, c’est tout !

-Non, mais si t’aide à te supporter, va pour le pauvre con. Tu sais ce que l’on qu’on dit au sujet du crapaud, de la colombe, de la bave, tout ça… Moi, je ne réforme que ce qui est réformable. Autrement dit, tu n’entres pas dans ce cadre. Vous êtes tous au-delà de toute entreprise raisonnable car vous n’êtes que vous  et que ce stade est indépassable.Des vitelloni restent desvitteloni. Même vieux.

-On devrait vous enfermer !

-Mais je suis enfermé, mon veau. Chez vous. Avec vous. Il y a pas d’endroit assez merdique pour m’échapper. Tout vous plait, vous êtes partout ! Vous êtes dans les radios, dans les marques, dans les océans. Je suis dans le piège, chez vous. Rassure-toi, j’ai pris perpète sans comprendre. Sans être coupable de rien. Dès dix-huit ans, j’avais compris. Ce serait sans appel. Sans cassation. Personne n’est responsable. Faute à personne. Pas même des yeux pour pleurer. Juste, je crève et toi, tu sauras jamais pourquoi je crève.

JFD -extrait de Girafons- 2014