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Néron lit télérama

neron-iii

 

 

Etudier le monde qui s’écroule et se réjouir. Quelque chose dans l’air et dans certains regards, des signes et dans les rues comme une odeur de plastique cramé et d’apocalypse, vous sentez pas ? C’est un peu plus fort chaque jour et nous sommes de sacrés privilégiés d’assister à ce truc, la dernière fois qu’un monde a sombré c’était y a quinze siècles.
Se laisser porter par cette ambiance de haine, cet arrière-plan de rancœur, observer ses poils qui se dressent, l’électricité, la tension qui cherche la note juste, se laisser séduire, apprendre à reconnaître l’odeur de la colère et celle de la trouille.
Apprendre la méfiance en marchant dans les rues, en montant dans le bus, apprendre la méfiance à minuit dans les gares, apprendre à se tenir à carreaux et à baisser les yeux, apprendre l’égoïsme et la lâcheté, se découvrir doué pour ça.
Comprendre au fond de soi que cette fin du monde est une bonne chose, piger intuitivement qu’on fait partie de l’ancien monde, de ce qui doit être détruit, piger intuitivement que la force de vie bouillonne chez les barbares, que le sens de l’histoire est dans leur nihilisme, comprendre au fond de soi qu’être périmé dans un monde périmé n’est pas bien grave. Profiter du spectacle. Des flammes à sa fenêtre. Jouir du sang dans les rue. Anticiper le jour où le sien coulera. Se prendre pour Néron. Mais un Néron moderne, un Néron mou et pâle, un Néron avachi qui lit les faits-divers, un Néron un peu rance qui lit Télérama.
Christophe Siébert